Cornichons : des mensonges, et un espoir dans l’Yonne.

Des cornichons présentés sur une table

Il est temps que les consommateurs français se révoltent à l’unisson contre une aberration imposée sournoisement par l’industrie agro-alimentaire depuis plusieurs décennies. Ça concerne les cornichons alors, direz-vous, pas de quoi en faire tout un plat, et pourtant… Ce légume quasiment identique au concombre, mais cueilli avant maturité, fait le bonheur des amateurs de raclette, de charcuterie et d’apéritif : les Français consomment des milliers de tonnes de cornichons chaque année !

On l’apprécie de petite taille, et conservé dans du vinaigre avec des aromates – une spécificité nationale, car la plupart des autres pays le consomment bien plus gros, et à l’aigre-douce ou agrémenté d’une autre manière. Les américains le font frire ou en boivent le jus, par exemple…

Une délocalisation massive de la production

Aujourd’hui, trois grands industriels se partagent ce marché sur notre territoire : Amora-Maille, Kühne et Reitzel – ce dernier assure en fait l’approvisionnement des marques de la grande distribution. Vous avez probablement, dans votre réfrigérateur, un pot de cornichons de l’une de ces marques. Sortez-le, inspectez l’étiquette. Ca y est, vous êtes en train de scruter les diverses mentions sur le bocal ? Cherchez donc le pays, ou même le continent d’origine des ingrédients qui baignent dans le vinaigre. Vous avez trouvé ? Non ? C’est normal : la mention de l’origine n’est pas obligatoire sur l’étiquetage des produits préemballés, sauf si un élément laisse entendre que le produit est issu du pays – par exemple un drapeau français. Et ça arrange bien les producteurs, qui ont massivement délocalisé la production du cornichon depuis le milieu des années 1990.

Le lavage industriel des cornichons

Aujourd’hui, une partie des cornichons vendus en France provient d’Europe de l’Est, mais plus de 80% des cornichons écoulés sur le marché français sont cultivés… en Inde, c’est-à-dire à plus de 7000 km de votre assiette ! Avant d’être plongé dans le vinaigre aromatisé, ce petit légume traverse la moitié de la planète, ce qui constitue évidemment une aberration sur le plan écologique. Car le cornichon pousse parfaitement bien sous nos latitudes, même si l’Inde possède en effet un climat idéal qui permet de maximiser le nombre de récoltes.

Mais comme il est récolté à la main, et qu’en Inde le salaire moyen est d’une cinquantaine d’euros par mois, il est bien plus rentable pour les industriels de délocaliser cette production, même en incluant le coût du transport. Cela ne va pas sans poser des problèmes pour la population indienne, qui cultivait notamment des tomates et des oignons pour l’alimentation locale, avant de se lancer dans le cornichon, et qui doit donc désormais faire venir de plus loin ces légumes pour sa propre consommation…

Révélations sur le cornichon…

Ces derniers mois, de nombreux reportages écrits et télévisés ont toutefois rappelé cet état de fait aux consommateurs hexagonaux, et les industriels sentent bien que le vent tourne – d’autant plus vite que le changement climatique est entré dans le débat. Citons par exemple ce reportage diffusé par France 2 :

Si Amora-Maille et Kühne n’ont toujours pas infléchi leurs stratégies, Reitzel a relancé en 2016 une production de cornichons en France, en s’appuyant sur sa marque “Les jardins d’Orante” née en 2013… mais qui vend aussi des cornichons issus des cultures indiennes. Attention à bien lire l’étiquette ! Pour les bocaux “Jardins d’Orante” qui contiennent des cornichons français, le tarif est environ 30 % plus élevé que pour les cornichons d’Inde, produits certes à plusieurs milliers de kilomètres d’ici mais avec une main d’oeuvre au salaire plusieurs dizaines de fois inférieur à notre SMIC… Le groupe Reitzel explique que “Jardin d’Orante a contacté des agriculteurs motivés pour diversifier leurs cultures et pour porter haut ce projet Made in France. De 2 en 2016, ils étaient 11 agriculteurs à avoir rejoint l’aventure en 2018”.

Par ailleurs, il restait dans l’Hexagone quelques producteurs locaux, résistant à la délocalisation massive. Notamment dans l’Yonne, qui est le berceau historique du Cornichon français : l’usine Amora-Maille d’Appoigny a fermé ses portes en 2009. Il y avait encore, à cette époque, plus d’une vingtaine de producteurs de cornichons sur les 35 qu’a pu totaliser le département à l’apogée de la production locale.

Le cornichon retrouve ses racines

Aujourd’hui Florent Jeannequin et son fils Henri sont presque les derniers des Mohicans : ils continuent à cultiver ce mignon petit légume pour alimenter les cuisines des grands restaurants et les étals de quelques épiceries fines, en faisant du cornichon un produit haut de gamme. Leur production annuelle est limitée à 100 000 bocaux, avec une surface cultivée inférieure à 20 hectares.

Ces cultivateurs poursuivent démarche jusqu’à se passer de pesticide, d’herbicide et de conservateurs. La récolte de cornichons se fait à la main pendant l’été, et ils assurent eux-même le conditionnement et la distribution, sous la marque “Maison Marc”, rendant ainsi hommage au grand-père d’Henri, qui avait lancé la production locale de Cornichon dans les années 1950. Le siège de la Maison Marc, lancée en 2012, se situe à Chemilly-sur-Yonne, comme l’exploitation agricole familiale qui compte désormais une conserverie.

France 3 avait consacré un reportage a la petite entreprise familiale en 2017 :

L’Yonne compte également quelques agriculteurs et céréaliers qui ont gardé des parcelles pour la culture du cornichon, le plus souvent pour faire de la vente en direct. Sachez que vous pouvez aussi cultiver vous-mêmes les cornichons (attention, on ne parle pas ici de l’éducation des ados !), et les mettre en bocaux avec vinaigre blanc et aromates : il suffit d’une parcelle de jardin potager, d’une terrasse ou même d’un balcon ! Vous trouverez facilement des semences de cornichon, que ce soit sur internet ou dans les magasins spécialisés dans le jardinage, et des tutos sur internet pour vous assurer une très belle culture de cornichons. N’hésitez pas à partager avec nous vos astuces, et vos photos après votre première récolte.
A bientôt sur Super Patelin !

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